Les siècles sont au peuple

Poème par Victor Hugo Recueil L'année terribleThématiques PolitiquePériode 19e siècleAnalyse d’Arthur ↓

Les siècles sont au peuple ; eux, ils ont le moment,
Ils en usent. Ô lutte étrange ! Acharnement !
Chacun à grand bruit coupe une branche de l’arbre.
Là, des éclats d’airain, là, des éclats de marbre ;
La colonne romaine ainsi que l’arc français
Tombent. Que dirait-on de toi si tu faisais
Envoler ton lion de Saint-Marc, ô Venise !
L’histoire est balafrée et la gloire agonise.
Quoi qu’on puisse penser de la France d’hier,
De cette rude armée et de ce peuple fier,
Et de ce que ce siècle à son troisième lustre
Avait rêvé, tenté, voulu, c’était illustre.
Pourquoi l’effacement ? qu’a-t-on créé d’ailleurs
Pour les déshérités et pour les travailleurs ?
A-t-on fermé le bagne ? A-t-on ouvert l’école ?
On détruit Marengo, Lodi, Wagram, Arcole ; A-t-on du moins fondé le droit universel ?
Le pauvre a-t-il le toit, le feu, le pain, le sel ?
A-t-on mis l’atelier, a-t-on mis la chaumière
Sous une immense loi de vie et de lumière ?
A-t-on déshonoré la guerre en renonçant
À l’effusion folle et sinistre du sang ?
A-t-on refait le code à l’image du juste ?
A-t-on bâti l’autel de la clémence auguste ?
A-t-on édifié le temple où la clarté
Se condense en raison et devient liberté ?
A-t-on doté l’enfant et délivré la femme ?
A-t-on planté dans l’homme, au plus profond de l’âme,
L’arbre du vrai, croissant de l’erreur qui décroît ?
Offre-t-on au progrès, toujours trop à l’étroit,
Quelque élargissement d’horizon et de route ?
Non ; des ruines ; rien. Soit. Quant à moi, je doute
Qu’on soit quitte pour dire au peuple murmurant :
Ce qu’on fait est petit, mais ce qu’on brise est grand.

Victor Hugo

Lire, garder, partager

Que veux-tu faire avec ce poème ?

Apprendre 4 activités
Envoyer par e-mail
1 vues

Gratuit · Sans compte · Impression et PDF immédiats

Droits et utilisations

Les siècles sont au peuple, de Victor Hugo, peut être une œuvre du domaine public ou un texte encore protégé selon son auteur et son édition. Sa présence sur le site ne vaut pas autorisation générale de reproduction.

La mise en page, l’atelier d’apprentissage et les fiches pédagogiques ont été créés par Poésies 123. Ils sont proposés pour un usage personnel ou pédagogique.

Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-les-siecles-sont-au-peuple-victor-hugo/

Arthur

Décryptage

L’analyse d’Arthur

Tiré du recueil L’année terrible dans lequel Hugo livre ses sentiments et ses opinions sur l’année 1870, année de trouble pour la France, ce poème permet à l’auteur de tirer un bilan de la France qu’il voit. Si un mot devait résumer ce bilan, aigreur semblerait être le bon.

Qualifiant implicitement d’échec les envies des hommes du passé, de ce qu’ils avaient “rêvé, tenté, voulu”, Hugo ne voit que des désillusions :
Le bagne est encore ouvert, la France, plutôt que de chercher à rééduquer ses criminels, préfère les expédier, le plus loin possible.
L’école n’est toujours pas obligatoire et exclut de fait une partie des citoyens de ses enseignements.
Enfin, la Loi, expression de la volonté générale, ne protège pourtant pas les plus faibles ni les travailleurs. Ainsi, les enfants travaillent et les femmes sont soumises à leurs maris, leur “seigneur et maître” selon le Code civil, qui n’est toujours pas rédigé “à l’image du juste”. La Loi ne sert qu’à entériner les inégalités.

L’aigreur de Victor Hugo se manifeste encore lorsque l’on comprend qu’il ne voit aucune amélioration arriver. Qu’importe les révolutions, les changements de régime, trop peu de choses ont changé (“ce qu’on fait est petit“) Il achève d’ailleurs par une mise en garde : le peuple murmure. Seul le peuple est capable d’apporter le changement, lui est seul est maître des siècles.

Toutes les analyses d’Arthur →