Ô sainte horreur du mal ! Devoir funèbre ! Ô haine !
Quand Virgile suspend la chèvre au blanc troëne ;
Quand Lucrèce revêt de feuilles l’homme nu ;
Quand Ennius compare au satyre cornu
Le bouc passant sa tête à travers la broussaille
Qui fait qu’Europe au bain se détourne et tressaille ;
Quand Moschus chante Enna ; quand Horace gaîment
Suit Canidie, et fait, sur le chaudron fumant
Où l’horreur de la lune et des tombeaux s’infiltre,
Éternuer Priape à l’âcre odeur du philtre ;
Quand Plaute bat Davus ou raille Amphitryon,
Le ciel bleu dans un coin brille et jette un rayon
Sur la baigneuse émue ou la chèvre qui grimpe,
Et l’on entend au fond rire l’immense Olympe.
Mais tout azur s’éclipse où passent les vengeurs.
Les soupiraux d’en bas teignent de leurs rougeurs
Le mur sinistre auquel s’adosse Jérémie.
Les punisseurs sont noirs. Leur pâle et grave amie,
La Mort, leur met la main sur l’épaule, et leur dit :
— Esprit, ne laisse pas échapper ton bandit.
Car ce sont eux qui, seuls, justiciers des abîmes,
Terrassent à jamais les monstres et les crimes ;
Car ils sont les géants des châtiments de Dieu ;
Car, sur des écriteaux d’acier en mots de feu,
Du tonnerre escortés, ces hommes formidables
Transcrivent de là-haut les arrêts insondables ;
Car ils mettent Achab et Tibère au poteau ;
Car l’un porte l’éclair, l’autre tient le marteau ;
Ils marchent, affichant des sentences que l’homme
Lit effaré, sur Tyr, sur Ninive, sur Rome,
Et, sombres, à travers les siècles effrayés,
Vont, et ces foudroyants traînent leurs foudroyés.
Isaïe, accoudé sur Babylone athée,
Songe ; Eschyle, vengeur et fils de Prométhée,
Cloue au drame d’airain le tyran Jupiter ;
Shakespeare mène en laisse Henri huit ; et Luther
Fouette les Borgia mêlés aux Louis onze ;
Tacite dans la nuit pose son pied de bronze
Sur les douze dragons qu’on appelle Césars ;
Daniel va, suivi des blêmes Balthazars ;
Machiavel pensif garde la bête prince ;
Milton veille au guichet du cachot, gouffre où grince
Le pandaemonium de tous les Satans rois ;
Juvénal tire et traîne à travers les effrois
La stryge au double front que son vers a tuée,
Qui gronde impératrice et rit prostituée ;
Et Dante tient le bout de la chaîne de fer
Que Judas rêveur mord dans l’ombre de l’enfer.
Le 17 février 1854.
Victor Hugo
Lire, garder, partager
Que veux-tu faire avec ce poème ?
Gratuit · Sans compte · Impression et PDF immédiats
L’atelier Poésies 123
Apprendre ce poèmeVictor Hugo · 50 vers · 7 parties
Ô sainte horreur du mal !
Un poème à apprivoiser, un vers après l’autre.
Voix de synthèse de l’appareil · La diction poétique peut varier.
Tu as indiqué connaître toutes les parties. Essaie maintenant de les enchaîner, puis reviens demain pour les retrouver sans indices.
Le coin des profs Fiches & séance prête à l’emploi
Une séance en 15 minutes
- 3 min · Découvrir. Lire ensemble et clarifier les mots inconnus.
- 5 min · Mémoriser. Effacer progressivement les mots d’une partie.
- 4 min · Reconstruire. Retrouver l’ordre des vers en binôme.
- 3 min · Réciter. Dire le texte, puis confronter sa mémoire à l’original.
Proposition de séance, à adapter à votre classe. Les indices et activités soutiennent la mémorisation sans remplacer l’accompagnement de l’enseignant.
Une fiche à emporter
Le texte entier, avec nom et date. Le corrigé est sur une page séparée.
Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-o-sainte-horreur-du-mal-victor-hugo/

Les 50 vers sont à toi.