Ballade à propos de deux ormeaux qu’il avait

Poème par Paul Verlaine Thématiques NaturePériode 19e siècle

À Léon Vanier.

Mon jardin fut doux et léger,
Tant qu’il fut mon humble richesse :
Mi-potager et mi-verger,
Avec quelque fleur qui se dresse
Couleur d’amour et d’allégresse,
Et des oiseaux sur des rameaux,
Et du gazon pour la paresse.
Mais rien ne valut mes ormeaux.

Dans ma claire salle à manger
Où du vin fit quelque prouesse,
Je les voyais tous deux bouger
Doucement au vent qui les presse
L’un vers l’autre en une caresse,
Et leurs feuilles flûtaient des mots.
Le clos était plein de tendresse.
Mais rien ne valut mes ormeaux.
Hélas ! Quand il fallut changer
De cieux et quitter ma liesse,
Le verger et le potager
Se partagèrent ma tristesse,
Et la fleur couleur charmeresse,
Et l’herbe, oreiller de mes maux,
Et l’oiseau, surent ma détresse.
Mais rien ne valut mes ormeaux.

ENVOI

Prince, j’ai goûté la simplesse
De vivre heureux dans vos hameaux :
Gaîté, santé que rien ne blesse.
Mais rien ne valut mes ormeaux.

Paul Verlaine

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-ballade-a-propos-de-deux-ormeaux-qu-il-avait-paul-verlaine/