Mille baisers perdus, mille et mille faveurs

Poème par Théodore Agrippa D'Aubigné Période 16e siècle

Mille baisers perdus, mille et mille faveurs,
Sont autant de bourreaux de ma triste pensée,
Rien ne la rend malade et ne l’a offensée
Que le sucre, le ris, le miel et les douceurs.

Mon coeur est donc contraire à tous les autres coeurs,
Mon penser est bizarre et mon âme insensée
Qui fait présente encor’ une chose passée,
Crevant de désespoir le fiel de mes douleurs.

Rien n’est le destructeur de ma pauvre espérance
Que le passé présent, ô dure souvenance
Qui me fait de moi même ennemi devenir !

Vivez, amants heureux, d’une douce mémoire,
Faites ma douce mort, que tôt je puisse boire
En l’oubli dont j’ai soif, et non du souvenir.

Théodore Agrippa d’Aubigné

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-mille-baisers-perdus-mille-et-mille-faveurs-theodore-agrippa-d-aubigne/