Ô trois et quatre fois malheureuse la terre

Poème par Joachim Du Bellay Recueil Les RegretsPériode 16e siècle

Ô trois et quatre fois malheureuse la terre
Dont le prince ne voit que par les yeux d’autrui,
N’entend que par ceux-là qui répondent pour lui,
Aveugle, sourd et muet plus que n’est une pierre !

Tels sont ceux-là, Seigneur, qu’aujourd’hui l’on resserre
Oisifs dedans leur chambre, ainsi qu’en un étui,
Pour durer plus longtemps, et ne sentir l’ennui
Que sent leur pauvre peuple accablé de la guerre.

Ils se paissent enfants de trompes et canons,
De fifres, de tambours, d’enseignes, gonfanons,
Et de voir leur province aux ennemis en proie.

Tel était celui-là, qui du haut d’une tour,
Regardant ondoyer la flamme tout autour,
Pour se donner plaisir chantait le feu de Troie.

Joachim Du Bellay

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-o-trois-et-quatre-fois-malheureuse-la-terre-joachim-du-bellay/