Bruxelles

Poème par Arthur Rimbaud Recueil Derniers versThématiques VillePériode 19e siècleAnalyse d’Arthur ↓

Plates-bandes d’amarantes jusqu’à
L’agréable palais de Jupiter.
– Je sais que c’est Toi qui, dans ces lieux,
Mêles ton bleu presque de Sahara !

Puis, comme rose et sapin du soleil
Et liane ont ici leurs jeux enclos,
Cage de la petite veuve !…
Quelles
Troupes d’oiseaux, ô ia io, ia io !…

– Calmes maisons, anciennes passions !
Kiosque de la Folle par affection.
Après les fesses des rosiers, balcon
Ombreux et très bas de la Juliette.

– La Juliette, ça rappelle l’Henriette,
Charmante station du chemin de fer,
Au coeur d’un mont, comme au fond d’un verger
Où mille diables bleus dansent dans l’air !

Banc vert où chante au paradis d’orage,
Sur la guitare, la blanche Irlandaise.
Puis, de la salle à manger guyanaise,
Bavardage des enfants et des cages.

Fenêtre du duc qui fais que je pense
Au poison des escargots et du buis
Qui dort ici-bas au soleil.
Et puis
C’est trop beau ! trop ! Gardons notre silence.

– Boulevard sans mouvement ni commerce,
Muet, tout drame et toute comédie,
Réunion des scènes infinie
Je te connais et t’admire en silence.

Arthur Rimbaud

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Bruxelles, de Arthur Rimbaud, peut être une œuvre du domaine public ou un texte encore protégé selon son auteur et son édition. Sa présence sur le site ne vaut pas autorisation générale de reproduction.

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-bruxelles-arthur-rimbaud/

Arthur

Décryptage

L’analyse d’Arthur

Poème de jeunesse de Rimbaud, « Bruxelles » déroule sept quatrains d’alexandrins souvent boiteux, aux rimes tantôt plates, tantôt croisées, comme si la ville refusait toute ordonnance stricte. D’emblée, des « Plates-bandes d’amarantes » conduisent au « palais de Jupiter » : le décor est à la fois jardin et scène mythologique, et le poète s’adresse à un « Toi » qui semble être la ville elle-même, mêlant son bleu à un « presque de Sahara ».

Le deuxième quatrain fait proliférer les matières — « rose et sapin du soleil », liane, cage — avant une exclamation chantée, « ô ia io, ia io ! », où passent des « Troupes d’oiseaux ». La ville devient un enclos vivant, prison dorée d’une « petite veuve » que nul ne nomme.

Puis les « Calmes maisons » et les « anciennes passions » côtoient un « Kiosque de la Folle par affection » et le « balcon » de la « Juliette ». Le nom glisse vers « l’Henriette », « Charmante station du chemin de fer » : le lyrisme amoureux se dégrade en gare, en souvenir, en « mille diables bleus » dansant dans l’air.

La guitare de « la blanche Irlandaise », la « salle à manger guyanaise » et le « Bavardage des enfants et des cages » composent une scène coloniale et familière à la fois, où les voix se mêlent sans hiérarchie. La « Fenêtre du duc » ramène pourtant un détail menu, « le poison des escargots et du buis », avant que le poète ne s’arrête net : « C’est trop beau ! trop ! »

Le dernier quatrain abandonne le spectacle pour un « Boulevard sans mouvement ni commerce », « Muet, tout drame et toute comédie ». Ce silence final n’est pas renoncement : il est la seule réponse juste devant une ville qui est à la fois « Réunion des scènes infinie » et théâtre intime.

Ainsi, dans ce poème, Rimbaud fait de Bruxelles non un lieu décrit mais une scène mentale : chaque vers ajoute un décor, un nom, un écho, jusqu’à cette admiration muette où le lecteur est invité à entrer sans bruit.

Analyse rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, selon la méthode d’analyse établie par Arthur.

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