Art poétique

Poème par Paul Verlaine Recueil Jadis et naguèreThématiques ArtPériode 19e siècleAnalyse d’Arthur ↓

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair
Plus vague et plus soluble dans l’air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n’ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l’Indécis au Précis se joint.

C’est des beaux yeux derrière des voiles,
C’est le grand jour tremblant de midi,
C’est, par un ciel d’automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !
Prends l’éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d’énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l’on n’y veille, elle ira jusqu’où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d’un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu’on sent qui fuit d’une âme en allée
Vers d’autres cieux à d’autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine

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Art poétique, de Paul Verlaine, peut être une œuvre du domaine public ou un texte encore protégé selon son auteur et son édition. Sa présence sur le site ne vaut pas autorisation générale de reproduction.

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-art-poetique-paul-verlaine/

Arthur

Décryptage

L’analyse d’Arthur

Héritier du symbolisme, Paul Verlaine livre dans ce poème une véritable leçon de musique intérieure. Dès l’ouverture, l’impératif “De la musique avant toute chose” donne le la : la poésie est affaire de rythme et de sonorité avant tout. Le poète prône l’Impair, “plus vague et plus soluble dans l’air”, un vers qui se libère de la rigueur métrique pour mieux épouser les fluctuations de l’âme.

Cette leçon se précise ensuite par une série d’images : la “chanson grise” où “l’Indécis au Précis se joint”, les “beaux yeux derrière des voiles”, le “grand jour tremblant de midi”. Autant de tableaux qui célèbrent la nuance, cette “seule” qui “fiance / Le rêve au rêve et la flûte au cor”. Verlaine ne décrit pas, il suggère ; il traque les transitions, les demi-teintes, tout ce qui se dérobe à la netteté.

Mais l’art poétique devient combat : il faut fuir “la Pointe assassine”, “l’Esprit cruel et le Rire impur”, et même “tordre le cou” à l’éloquence. Plus loin, la rime est raillée, ce “bijou d’un sou” qui “sonne creux et faux”. L’ironie mordante révèle un paradoxe : la contrainte formelle, si elle n’est pas maîtrisée, peut tuer la musique. La rime doit être “assagie”, domptée.

Le poème s’achève sur un retour au lyrisme : “De la musique encore et toujours !” Le vers devient “la chose envolée” d’une âme qui fuit vers d’autres cieux, puis “la bonne aventure” éparse dans le vent. La chute, célèbre, claque comme un défi : “Et tout le reste est littérature.”

Ainsi, Verlaine définit une esthétique du flou et de l’indicible : la poésie véritable est chant, non discours ; elle se joue dans l’impair, la nuance et l’envol, et refuse le clinquant des mots trop apprêtés.

Analyse rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, selon la méthode d’analyse établie par Arthur.

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