En vain la peur d’un joug tendre et fatal

Poème par Anna De Noailles Recueil Poème de l'amourPériode 20e siècle

En vain la peur d’un joug tendre et fatal
Vient m’adjurer d’être de toi guérie:
Un corps, aimé est comme un lieu natal,
Un vif amour est comme une patrie !

Je ne veux plus occuper ma raison
À repousser ta permanente image.
J’attends ! — Parfois la plus chaude saison
Boit la fraîcheur du survenant orage.

— Mais quand ma vie au souhait insistant
Est par ta voix jusqu’aux veines mordue,
J’arrache un cri à mon cœur haletant,
Comme un poignard dont la lame est tordue…

Anna de Noailles

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