Ballade de s’amie bien belle

Poème par Clément Marot Recueil L'Adolescence clémentinePériode 16e siècle

Amour, me voyant sans tristesse
Et de le servir dégoûté,
M’a dit que fisse une maîtresse,
Et qu’il serait de mon côté.
Après l’avoir bien écouté,
J’en ai fait une à ma plaisance
Et ne me suis point mécompté :
C’est bien la plus belle de France.

Elle a un oeil riant, qui blesse
Mon coeur tout plein de loyauté,
Et parmi sa haute noblesse
Mêle une douce privauté.
Grand mal serait si cruauté
Faisait en elle demeurance ;
Car, quant à parler de beauté,
C’est bien la plus belle de France.

De fuir son amour qui m’oppresse
Je n’ai pouvoir ni volonté,
Arrêté suis en cette presse
Comme l’arbre en terre planté.
S’ébahit-on si j’ai plenté*
De peine, tourment et souffrance ?
Pour moins on est bien tourmenté
C’est bien la plus belle de France.

ENVOI

Prince d’amours, par ta bonté
Si d’elle j’avais jouissance,
Onc homme ne fut mieux monté
C’est bien la plus belle de France.

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Clément Marot

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