Ô combien est heureux qui n’est contraint de feindre

Poème par Joachim Du Bellay Recueil Les RegretsPériode 16e siècle

Ô combien est heureux qui n’est contraint de feindre,
Ce que la vérité le contraint de penser,
Et à qui le respect d’un qu’on n’ose offenser
Ne peut la liberté de sa plume contraindre !

Las, pourquoi de ce noeud sens-je la mienne éteindre,
Quand mes justes regrets je cuide commencer ?
Et pourquoi ne se peut mon âme dispenser
De ne sentir son mal ou de s’en pouvoir plaindre ?

On me donne la gêne, et si n’ose crier,
On me voit tourmenter, et si n’ose prier
Qu’on ait pitié de moi, O peine trop sujette !

Il n’est feu si ardent qu’un feu qui est enclos,
Il n’est si fâcheux mal qu’un mal qui tient à l’os,
Et n’est si grand douleur qu’une douleur muette.

Joachim Du Bellay

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-o-combien-est-heureux-qui-nest-contraint-de-feindre-joachim-du-bellay/