Le dormeur du val

Poème par Arthur Rimbaud Recueil PoésiesThématiques GuerrePériode 19e siècleAnalyse d’Arthur ↓

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud

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Droits et utilisations

Le dormeur du val, de Arthur Rimbaud, peut être une œuvre du domaine public ou un texte encore protégé selon son auteur et son édition. Sa présence sur le site ne vaut pas autorisation générale de reproduction.

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-le-dormeur-du-val-arthur-rimbaud/

Arthur

Décryptage

L’analyse d’Arthur

Composé en octobre 1870, au cœur de la guerre opposant la France de Napoléon III à la coalition de plusieurs Etats Allemands et de la Prusse, ce poème constitue l’une des œuvres les plus connues d’Arthur Rimbaud.

Écrit de façon classique sur le plan de la forme, car reposant sur l’alliage d’un sonnet et d’alexandrins, ce poème se caractérise pourtant par la progression dramatique qu’il opère : d’abord description pleine de vie et de gaieté d’un morceau de verdure au premier quatrain, son ton devient de plus en plus froid les vers défilants.
Ainsi le second quatrain nous fait découvrir un jeune soldat, paisiblement endormi, mais d’une pâleur cependant inquiétante ; inquiétude qui ne fait que s’accroître lorsque dans le premier tercet l’on apprend qu’il sourit “comme sourirait un enfant malade”, et qu’il a froid.
Le poème s’achève par le second tercet, révélant le drame se jouant sous les yeux du lecteur : le jeune soldat est mort ; il a “deux trous rouges au côté droit”.

Ainsi, sous ses atours au premier abord jovials, ce poème parle en fait de la mort, sans jamais la citer directement, laissant au lecteur découvrir l’horreur d’une scène à laquelle Rimbaud aura sans doute dû faire face dans l’un de ses nombreux voyages.

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