La Grande Chartreuse

Poème par Sully PrudhommeRecueil Les solitudesPériode 19e siècle

J’ai vu, tels que des morts réveillés par le glas,
Les moines, lampe en main, se ranger en silence,
Puis pousser, comme un vol de corbeaux qui s’élance,
Leurs noirs miserere qui plaisent au coeur las.

Le néant dans le cloître a sonné sous mes pas ;
J’ai connu la cellule, où le calme commence,
D’où le monde nous semble une mêlée immense
Dont le vain dénoûment ne nous regarde pas.

La blancheur des grands murs m’a hanté comme un rêve ;
J’ai senti dans ma vie une ineffable trêve :
L’avant-goût du sépulcre a réjoui mes os.

Mais, adieu ! Le soldat court où le canon gronde :
Je retourne où j’entends la bataille du monde,
Sans pitié pour mon coeur affamé de repos.

Prudhomme Sully

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-la-grande-chartreuse-sully-prudhomme/