Faveur

Poème par Aimé Césaire Recueil Moi, laminairePériode 20e siècle

Je croise mon squelette
qu’une faveur de fourmis manians porte à sa demeure
(tronc de baobab ou contrefort de fromager)
il va sans dire que j’ai eu soin de ma parole
elle s’est blottie au coeur d’un nid de lianes
noyau ardent d’un hérison végétal
c’est que je l’ai instruite depuis longtemps
à jouer avec le feu entre les feux
et à porter l’ultime goutte d’eau sauvée
à une quelconque des lointaines ramifications du soleil
soleil sommeil
quand j’entendrai les premières caravanes de la sève
passer
peinant vers les printemps
être dispos encore
vers un retard d’îles éteintes et d’assoupis volcans

Aimé Césaire

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-faveur-aime-cesaire/