À L.

Poème par Victor Hugo Recueil Les Rayons et les OmbresPériode 19e siècle

XXXIX

A. L.

Toute espérance, enfant, est un roseau.
Dieu dans ses mains tient nos jours, ma colombe ;
Il les dévide à son fatal fuseau,
Puis le fil casse et notre joie en tombe ;
Car dans tout berceau
Il germe une tombe.

Jadis, vois-tu, l’avenir, pur rayon,
Apparaissait à mon âme éblouie,
Ciel avec l’astre, onde avec l’alcyon,
Fleur lumineuse à l’ombre épanouie.
Cette vision
S’est évanouie !

Si, près de toi, quelqu’un pleure en rêvant,
Laisse pleurer sans en chercher la cause.
Pleurer est doux, pleurer est bon souvent
Pour l’homme, hélas ! sur qui le sort se pose.
Toute larme, enfant,
Lave quelque chose.
2 juin 1839.

Victor Hugo

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