L’automne

Poème par Sully PrudhommeRecueil Les vaines tendressesPériode 19e siècle

L’azur n’est plus égal comme un rideau sans pli.
La feuille, à tout moment, tressaille, vole et tombe ;
Au bois, dans les sentiers où le taillis surplombe,
Les taches de soleil, plus larges, ont pâli.

Mais l’oeuvre de la sève est partout accompli :
La grappe autour du cep se colore et se bombe,
Dans le verger la branche au poids des fruits succombe,
Et l’été meurt, content de son devoir rempli.

Dans l’été de ta vie enrichis-en l’automne ;
Ô mortel, sois docile à l’exemple que donne,
Depuis des milliers d’ans, la terre au genre humain ;

Vois : le front, lisse hier, n’est déjà plus sans rides,
Et les cheveux épais seront rares demain :
Fuis la honte et l’horreur de vieillir les mains vides.

Prudhomme Sully

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-lautomne-sully-prudhomme/