Le chasseur

Poème par Théophile Gautier Recueil EspagnaPériode 19e siècle

Je suis enfant de la montagne,
Comme l’isard, comme l’aiglon ;
Je ne descends dans la campagne
Que pour ma poudre et pour mon plomb ;
Puis je reviens, et de mon aire
Je vois en bas l’homme ramper,
Si haut placé que le tonnerre
Remonterait pour me frapper.

Je n’ai pour boire, après ma chasse,
Que l’eau du ciel dans mes deux mains ;
Mais le sentier par où je passe
Est vierge encor de pas humains.
Dans mes poumons nul souffle immonde
En liberté je bois l’air bleu,
Et nul vivant en ce bas monde
Autant que moi n’approche Dieu.

Pour mon berceau j’eus un nid d’aigle
Comme un héros ou comme un roi,
Et j’ai vécu sans frein ni règle,
Plus haut que l’homme et que la loi.
Après ma mort une avalanche
De son linceul me couvrira,
Et sur mon corps la neige blanche,
Tombeau d’argent, s’élèvera.

Théophile Gautier

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Texte publié sur Poésies 123 : https://www.poesies123.com/poeme-le-chasseur-theophile-gautier/